Amel Bent prépare son retour dans les bacs le 4 décembre avec la sortie de son troisième opus Où je vais dont est extrait le premier single du même nom. Amel présente ainsi un nouvel abum personnel, palette d'émotions où elle se raconte et dont nous vous avions déjà parlé sur PTiTBloG. Amel nous parle ici de la genèse de ce nouvel album, de ses collaborations et de son irrésistible envie de scène. C'est parti !
Bonjour Amel et bienvenue sur PTiTBloG. Avant de parler de ton nouvel album, pourrais-tu nous dire quels souvenirs gardes-tu de ta dernière tournée car je crois que tu as été vraiment marquée par cette expérience ?Avant tout, au-delà des images et des superbes souvenirs concrets, c'est surtout une émotion qui reste : un truc inexplicable, impalpable, un sentiment de bonheur... il y a eu un flux d'amour et de générosité énorme : c'est cela que je retiens.
Est-ce que ce désir de remonter sur scène t'a guidée dans tes compositions ?
est clair que cet album a été fait dans cette vague, cette vibration de la deuxième tournée. C'est pour cela que j'ai demandé de le faire dans la foulée de la deuxième tournée. Le but était de faire l'album tout de suite pour pouvoir repartir en tournée
Est-ce que cette envie t'a bousculée dans ton travail ?
Non, pas du tout. Je l'ai fait à la cool. Quand j'étais chez moi, que je sentais qu'il y avait un feeling, j'allais le poser en studio. Comme cela fait un moment que je bosse avec les mêmes personnes, je pouvais me permettre de débarquer à n'importe quelle heure. Dès que j'avais une idée, je passais un coup de téléphone pour que l'on se voit. Réellement, l'album, je l'ai fait sur deux mois et demi. Les quatre mois avant, j'allais en studio toutes les deux semaines et je posais un couplet, un refrain. J'ai pris vraiment mon temps sans pression, sans réfléchir. Je ne me suis pas dit : "il me faut ce genre de titres". Je me suis laissée aller à la cool, j'ai laissé les choses venir.
Tu présentes ici un nouvel album studio où les morceaux ont été enregistrés en live. Pourquoi ce choix ?
C'est toujours lié à la scène. Le son des vrais instruments me rappelle la scène. Même quand on va avec un PBO (ndlr : playback orchestre) sur scène ou avec un DJ sur scène, ce n'est pas le son d'un poste. Il y a comme un bruit de fond, une résonnance... Quand je faisais les chansons au début avec les sons électroniques, je n'entendais pas ce truc unique de la scène. Comme l'album a vraiment été fait dans la vibe de la scène, il fallait absolument que je retrouve cette ambiance, cette émotion qui rappelle la scène ; voilà pourquoi il fallait des vrais instruments.
Est-ce que ce désir de t'éloigner des sons des instruments virtuels a été facile à imposer ?
Moi, je n'impose rien. Je travaille avec des gens qui ne me voient pas comme un produit même si ce que je fais devient produit. Je bosse avec des gens qui m'ont choisie, je ne leur ai pas été imposée. Ils ont envie de me faire plaisir quand je fais un disque. J'ai cette chance là. Ce n'est pas le cas de tout le monde.
tu choisis le titre Où je vais pour présenter ce nouvel album. Peux-tu nous en parler ?
C'est Jérôme Sébag lui-même qui m'a joué cette mélodie et elle m'a touchée direct. J'ai décidé que ce serait le premier single avant même le début du troisième album. Les notes m'ont touchée. J'avais les larmes aux yeux quand il me l'a jouée. Je n'ai pas planché sur ce titre tout de suite. Il y a deux titres qui ont émergé avant donc on avait un peu oublié ce morceau là. Quand on s'est mis à avancer sur ce titre là et qu'il est devenu réellement Où je vais, c'était comme une évidence.
Pour le thème du titre, est-ce cette mélodie qui te l'a inspiré ou avais-tu déjà dans l'idée de parler de ton parcours, de ton destin ?
Je n'aime pas forcément l'image des artistes que les médias véhiculent aujourd'hui. Ce sont les extrêmes : soit on les sublime (untel habite dans un château, les chanteuses sont des fées...), soit on les détruit (avant il travaillait au marché, son père est SDF...) : il manque parfois le truc super vrai... Moi, j'habite dans le 93, je n'habite pas chez Mickey (rires). Je suis dans la vraie vie. Mes frères et soeurs vont à l'école, ma mère est coiffeuse à Villetanneuse. C'est cette réalité, cette vérité qui manque. Aujourd'hui, on est dans une société où 3/4 des gens souffrent, c'est dur pour tout le monde, c'est la crise. J'ai envie de leur donner du rêve mais pas à ce niveau là : je ne veux pas d'un côté "superstar". De plus, c'est basé sur un modèle américain où des artistes vivent dans des grosses villas. En France, tu as trois artistes qui vivent dans des grosses villas. Les autres vivent dans des petits appart' dans Paris, ils galèrent comme tout le monde.
Le clip est aussi vecteur de ce message ?
Complètement. Une envie de simplicité, de vraie vie, de réalité. J'ai beau passer à la télé mais quand je rentre chez moi, je me fais engueuler par ma mère car je n'ai pas étendu mon linge. Je fais les devoirs avec ma soeur, je fais la vaisselle... je n'ai pas de boy, je n'ai pas de bonne. Pour ce retour, c'était important pour moi de dire cela. Lââm m'a dit "The star is on stage" : cette phrase m'a marquée et j'essaie de la suivre. Quand le rideau se ferme, c'est fini. Djamel Debbouze m'avait dit : "C'est comme si tu avais des chaussures, tu fais toute ta journée avec. Le soir quand tu arrives chez toi, tu les enlèves: quand tu vas voir tes amis, ta famille, elles restent sur le palier." Dans ce clip, je voulais montrer quand je suis pieds nus, sans robe à strass, sans la caméra.
Dans l'album, tu signes ou co-signes la plupart des textes. Est-ce que c'est important pour toi de chanter tes propres mots ?J
je pense que c'est très rare de trouver quelqu'un avec qui on est tellement en osmose, qui comprend tellement bien ce que tu vis qu'il peut parler pour toi. Je n'ai pas encore trouver cette personne là mais je suis vraiment très proche de Diam's et Tunisiano : bizarrement ce sont deux personnes du hip hop qui ont capté mes émotions. Sûrement car on a des vies qui se ressemblent à un moment donné, on a un vocabulaire commun même si ce sont de vraies plumes. C'est important pour moi d'avoir des gens comme cela autour de moi.
Je me suis rendue compte de cela avec Nouveau français. C'est un thème qui me tenait tellement à coeur : comme ce n'était pas mes mots, on ne comprend pas vraiment de quoi cela parle. Si j'avais chanté ce thème là avec mes mots "être une enfant d'immigré aujourd'hui à Paris, en France", je pense qu'il n'y aurait jamais eu d'incompréhension. Je ne veux plus jamais avoir à le revivre. C'est dur de faire un morceau et de ne pas être compris. Surtout sur des thèmes forts comme cela où tu prends des engagements: tu dois le faire avec quelqu'un qui parle comme toi, qui a ton vocabulaire. Lionel Florence est un auteur fabuleux, je suis très heureuse d'avoir collaboré avec lui : avec du recul, je me dis que j'aurai dû collaborer avec lui mais sur un autre morceau : un thème sur l'amour où l'on se ressemble tous.Sur ton album, tu as beaucoup collaboré avec Tunisiano.
Comment s'est déroulé votre travail en binôme ?
Il m'a apporté pas mal d'idées. Il a sa feuille, son stylo, j'ai la mienne et le mien et on avance phrase par phrase. Je pose toujours un "yaourt", on se fait tourner le disque en boucle et on avance.
Il y a pas mal de collaborateurs sur cet album avec lesquels tu avais déjà travaillé.
C'est important pour toi de créer comme une petite famille artistique pour travailler ?
Cette famille est là, elle existe et elle est soudée. Je suis romantique, je suis une sensible (rires). Cela va jusqu'au mixeur, aux ingés des maquettes. Retrouver ces gens me rassure. Je me remets souvent en question. Ce sont aussi des repères : même si j'évolue comme individu, je reste toujours la même Amel, Mémel pour les intimes, Minoucha pour mes choristes, mes ingés, ma maison de disque, mes amis, mon manager, ma famille... C'est important pour moi d'avoir ces personnes là.Cet album est une palette d'émotions : les amours tristes, la confiance en soi avec Je me sens bien...
C'est un peu le reflet de la vie avec ses hauts et ses bas ?
Exactement. J'ai vraiment fait cet album dans l'instinct. Il y a des moments où j'étais moins bien et j'ai écrit des trucs tristes. D'autres jours, j'avais la pêche...
Maintenant que cet album est terminé, le trouves-tu plus personnel que les autres ou plus universel ?
Il reste très intimiste même dans les thèmes universels. Quand je fais le morceau Forte qui parle des femmes, même si les mots sont universels, le fond c'est ma grand-mère, mes tatas, ma mère... toutes les femmes fortes qu'il y a autour de moi. Quand je parle de Yallah (L'amour), cela vient des voyages que je fais en Afrique régulièrement où je vois des gens qui n'ont besoin de rien, juste d'amour. Ils ont besoin de générosité de la part des occidentaux, juste un coup de main pour s'en sortir. Nous, les occidentaux, on est devenu aigri et on a perdu un peu de l'intelligence du coeur, quelque chose de primitif. Quand tu vas en Afrique, tu as les larmes aux yeux, tu es ému à chaque coin de rue car les gens sont profondément gentils. Ils ont cette générosité de coeur que l'on a perdu dans nos sociétés super individualistes. On a oublié d'écouter notre coeur battre et d'aimer les gens. C'est bateau ce que je dis mais c'est tellement vrai. Quand je vais en Afrique, c'est tellement ce que je ressens que j'avais besoin de l'écrire. Je pars tout le temps de choses super intimes que j'ai vécues.
Tu termines l'album avec le titre Un bout de papier dont un couplet est dédié au public. Quel rapport as-tu avec ton public ?
J'ai deux rapports différents : il y a les gens que je ne connais pas et un groupe que je connais, quelques visages qui reviennent souvent dont je connais certains prénoms. Quand je parle avec l'un d'eux, j'ai l'impression de parler avec tout le monde. Le public est une personne qui un jour t'apprécie, un jour est irrité par ce que tu fais... C'est comme une histoire d'amour avec une personne. En amour, la personne qui est avec toi ne se lève pas tous les matins en disant "Je t'aime, t'es magnifique, je suis trop heureux d'être avec toi", il y a des jours où tu es saoulée aussi.
Pour terminer cette interview, un dernier mot pour les lecteurs de PTiTBloG ?
Rendez-vous le 4 mai à l'Olympia avec plein de surprises. J'ai déjà dans ma tête des trucs scéniques: si je vais au bout de mes idées, cela va être mortel.Merci Amel d'avoir répondu à nos questions. Ton album Où je vais sera dans les bacs le 4 décembre et tu seras sur la scène de l'Olympia le 4 mai 2010.